Le colonel James (Big Jim) Wheeler Davidson

James Wheeler Davidson. Rotary Images
James Wheeler Davidson. Rotary Images

 

Parmi les figures légendaires du Rotary, peu ont l’aura de James Wheeler Davidson, l’homme que Paul Harris appelait le Marco Polo du Rotary. Si son surnom de « Big Jim » faisait référence à son imposante stature, il reflète aussi parfaitement l’ampleur des succès rencontrés dans son entreprise d’expansion du Rotary de la Méditerranée aux mers du sud. Et s’il peut paraitre exagéré de le qualifier de montagne, un pic des Rocheuses canadiennes porte tout de même son nom.

Né à Austin, dans le Minnesota, en 1872, James Wheeler Davidson était par essence un entrepreneur et un homme convaincant, passionné de voyages et d’aventure. À 18 ans, il rencontre l’explorateur de l’Arctique Robert Peary et le persuade de l’accepter dans son expédition de 1893 au Pole Nord. Il y est victime d’une gelure au pied qui nécessitera trois opérations et le laissera boiteux jusqu’à la fin de ses jours, mais pas même cela ne diminue son goût pour l’aventure. En 1895, il obtient un poste de reporter et part en Asie couvrir la 1ère guerre sino-japonaise pour un groupe de médias incluant le New York Herald.

Au cours de ses dix années en Asie, il se voit décerner l’Ordre du Soleil Levant par l’Empereur du Japon pour acte de courage, il écrit un livre salué par la critique, travaille pour le Service américain des Affaires Étrangères à Formose, Shanghai et en Mandchourie, et dirige une mission pour le gouvernement russe sur le potentiel commercial du transsibérien.

Sur le chemin du retour, il rencontre la famille Dow à San Francisco, dont il remarque en particulier la fille Lillian âgée de 25 ans. L’année suivante, après avoir rendu visite à sa mère dans le Minnesota et s’être remis d’un cas de typhoïde contracté à l’étranger, il se rend en Californie où il arrive, la « chance » de l’aventurier, le jour du Grand tremblement de terre.

Sa fille Marjory racontera plus tard cette histoire : « Mon père, toujours plein de ressources, ayant été averti avec tous les autres passagers qu’il devait quitter le train et ne pouvait pas se rendre à San Francisco, s’était caché entre les sièges pour laisser le train le déposer au port, comme il le pressentait. Là, l’air le plus officiel possible, il avait quitté le train pour embarquer à bord d’un Ferry. À son arrivée à San Francisco, il apprit que le Palace Hotel où séjournait la famille de ma mère, avait brulé. »

James finit par les retrouver et, six mois plus tard, il avait convaincu Lillian de l’épouser. Le jeune couple s’installe dans la nouvelle province d’Alberta, et James devient membre du Rotary club de Calgary en 1914. En quelques années, il devient président de club, président de district et membre de la commission de l’Association internationale des Rotary clubs. En mars 1921, le bureau de cette association confie à James Wheeler Davidson et J. Layton Ralston, président du Rotary club d’Halifax, la mission d’exporter le Rotary en Australie et en Nouvelle-Zélande.

J. Layton Ralston, qui allait occuper plus tard les fonctions de Ministre de la Défense et de Ministre des Finances du Canada, se souvient : « Je m’étais embarqué le cœur léger pour un voyage au cours duquel je devais aussi, presque incidemment, parler du Rotary à mes amis australiens. Mais Jim partait pour leur apporter quelque chose de nouveau et de qualité et comptait tout faire pour qu’ils comprennent le Rotary, l’apprécient et le vivent comme il le faisait lui-même… Et j’en ai plus appris sur le Rotary en trois semaines de voyage en sa compagnie qu’en huit années comme membre. »

Pendant cette courte période, ils parvinrent à créer des clubs à Sydney, Melbourne, Wellington et Auckland. Pour James Davidson, ce voyage était un peu comme une répétition générale. Sept ans plus tard, après être devenu citoyen canadien, avoir joué un rôle clé dans le développement du réseau autoroutier de l’ouest canadien et avoir contribué à la création de nombreux Rotary clubs dans la région, il allait en effet accepter la mission d’exporter le Rotary au Moyen-Orient et en Asie.

En aout 1928, James, Lillian et Marjory s’embarquaient de Montréal pour un voyage de huit mois qui allait se transformer en une odyssée de près de trois années, laquelle allait aboutir à la création de 23 clubs dans 12 pays différents, de la Turquie à la Thaïlande. La santé de Jim commença à se détériorer en 1931, peu après leur retour au Canada, et il mourut en juillet 1933 à l’âge de 61 ans. Dans la carte de vœux qu’ils envoyèrent cette année-là, Jean et Paul Harris rendirent hommage à son dévouement en ces termes : « Quand il est revenu, il était manifeste qu’il avait donné plus que trois années ; il avait donné sa vie. Sa mémoire sera largement célébrée, et son action de plus en plus admirée avec le passage du temps. »